|
I-
Amitiés littéraires d'hier
Simone de Beauvoir
et Violette Leduc :
©
Lipnitzki / Roger-Viollet | | |
Violette
Leduc (1907-1972), écrivain français. Paris, 1970. Au mur, portraits de
Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre. LIP-31684-003
| |
| |
Simone
de Beauvoir Society
On pourrait aussi
bien dire " Simone de Beauvoir et son ombre, Violette Leduc " (voir
bibliographie critique) Deux styles radicalement opposés,
une fascination réciproque.
- Une correspondance bouleversante en témoigne
: aussi entre une Violette éperdue d'admiration et une Simone de Beauvoir tendre
et chaleureuse. Cette correspondance prend vie dans une excellente émission de
France Culture : " paroles de l'intime " diffusée lors du festival d'Avignon en
1997. - Sur leur relation d'amitié, déséquilibrée bien entendu, sur le rôle
que joua Simone de Beauvoir dans la publication de l'oeuvre de Violette Leduc
mais aussi dans la mise au monde de ses livres, sur ses encouragements, ses corrections
voire ses suppressions, il y aurait trop à dire. Une amitié qui prendra fin à
la mort de Violette Leduc, l'amitié de toute une vie de femme et de toute une
vie d'écrivain. " Nous portons le nom que nous
méritons. Le mien est un coup de trique. Celui de Simone de Beauvoir est un attelage.
Je séparerai jamais son prénom de son nom. Comment pourrais-je séparer l'azur
du ciel... Je dis tout haut son prénom et son nom, je me promène dans un jardin
à la française, je suis altière et distraite, je vais, entre les statues, avec
mon mouchoir de dentelle, je n'élève pas la voix. Son prénom et son nom dans ma
bouche, la pudique amande dans l'écorce ". La Folie en Tête,
éditions Gallimard, collection l'Imaginaire, p. 41.
Sartre
et Violette Leduc : 
"
Pourquoi Sartre me fait-il souffrir " ? |
www.alalettre.com/sartre-intro.htm
Leduc
rencontre Sartre, à plusieurs reprises : elle le voit à travers Simone de Beauvoir,
secrètement jalouse de leur relation. Pourtant il l'accueille avec son amabilité
habituelle, l'encourage dans son travail, la publie dans les Temps Modernes. Une
crise éclate, lors de la parution des Séquestrés d'Altona, alors
que Violette Leduc émerge à peine d'une grave dépression nerveuse. |
| Les
Séquestrés d'Altona écrit et mis en scène en 1960, a pour protagoniste
Franz, ancien nazi devenu fou. Violette s'identifie à Franz et accuse Sartre de
s'être inspirée d'elle pour le rôle. |
Je
ne suis pas un ancien officier caché par les siens. Je n'habite pas en Allemagne
la plus petite chambre d'une propriété. Ce séquestré c'est moi, ai-je soutenu
à Simone de Beauvoir. Pourquoi Sartre me fait-il souffrir? Pourquoi est-il venu
voir dans un trou au plafond le spectacle de mes dépressions? Pourquoi Sartre
m'utilise-t-il? Sartre me vise. Sartre ne me loupe pas. L'officier ne perdrait
pas la raison si je n'existais pas. Mes malheurs sont dans le broyeur d'un homme
de talent. Simone de Beauvoir m'écoutait.
Elle ne m'interrompait pas. plus qu'une politesse. Une compassion d'attentionnée.
Son visage changeait, ses yeux s'éteignaient au fur et à mesure que je racon-
tais. Je ne la persuadais pas : je l'attristais. Son intelligence, sa bonne volonté
ne lui servaient à rien. Elle ne pouvait pas me rejoindre où j'étais. Ma
pauvre Violette... a dit Simone de Beauvoir. La Chasse à l'amour,
éditions Gallimard, collection N.R.F. LES TEMPS MODERNES
La collaboration de Violette Leduc avec Sartre est visible avec la publication
dans Les Temps Modernes (voir page bibliographiques) de nombreux
extraits de ses oeuvres : outre ce que nous pouvons considérer comme deux premiers
états de certains épisodes de l'Affamée et de La Bâtarde, avec le célèbre passage
intitulé " le Tailleur anguille ", de nombreux textes demeurés inédits en dehors
de la revue. Cette collaboration sera interrompue en 1963 à la suite de la brouille
entre Sartre et Leduc.
Jean
Genet, l'ami tourmenté.
©
Lipnitzki / Roger-Viollet | | |
Yvette
Etiévant et Monique Mélinand dans "Les Bonnes" de Jean Genet. Paris, théâtre
de l'Athénée, avril 1947. LIP-019-017-044
| |
| |
www.ifrance.com/JeanGenet
La rencontre de Leduc et de Genet se fait
par les œuvres : elle a lu Miracle de la Rose, lui
l'Asphyxie, lectures qui alimentent leur conversation
lors de leur premier face-à_face, en 1946 :
- Si vous saviez comme j'ai aimé Miracle de la Rose… Je venais
de sauter dans le feu. Je perdais la tête, je dansais dans les flammes
:
- Harcamone, quand vous le libérez, quand il s'envole…
Harcamone, une sorte de grand pétale mythologique au-dessus des
prisons… Je n'osais pas le lui dire, mes mains jointes l'exprimaient.
Il tapotait sa cigarette au bord de la soucoupe, il était consciencieux
avec la cendre, elle ne devait pas tomber à côté…
- Sans blague ! Vous aimez mes livres… ?
Sans blague. Genet est charmant lorsqu'il doute. Sans blague. Voilà
Genet sensible comme une feuille de peuplier.
(La Folie en Tête, Gallimard, folio, p. 178)
La critique littéraire a abusivement considéré
longtemps Violette Leduc et Jean Genet comme des " jumeaux en écriture
" : certes la thématique de l'homosexualité et leur écriture brillante
et fiévreuse ont pu inciter à effectuer de telles comparaisons qui
tournaient toujours d'ailleurs à l'avantage du " grand " Genet dont
Leduc ne serait que la pâle imitatrice. Pourtant leurs points communs
ont effectivement débouché sur une véritable amitié entre les deux
écrivains : une réelle estime de la part de Genet et une admiration
fervente de la part de Violette Leduc. Très vite pourtant leur relation
va se dégrader, sans doute du fait des sentiments excessifs manifestés
par cette dernière : on se souvient du récit qu'elle fait d'un dîner
privé auquel elle convie Genet et de la façon dont, exaspéré par
les attentions appuyées qu'elle lui témoigne, il quitte l'appartement
avec fracas, après avoir tiré violemment la nappe de la table avec
tout ce qui était disposé dessus...
Sur les échos entre les œuvres de Genet
et de Leduc voir la thèse d'Elisabeth Seys : Violette Leduc,
Jean Genet : poétique du désastre.
Leduc
, Sarraute : Deux voix.
©
Lipnitzki / Roger-Viollet | | |
Nathalie
Sarraute (1900-1999), écrivain français. 1958. LIP-5416-022
| |
| |
www.alalettre.com/sarraute-intro.htm
L'admiration
de Violette Leduc pour Nathalie Sarraute, telle qu'on peut la percevoir dans La
Folie en tête, dépasse celle qu'elle a pu ressentir pour tous les écrivains
qu'elle a rencontrés dans sa vie, excepté peut-être celle qu'elle voue à Simone
de Beauvoir : "...Je le disais à Simone de Beauvoir : je préférais la tristesse,
les tourments, les tortures, les abattements, les arrière-plans, les fluctuations,
les harassements de Nathalie Sarraute à la robustesse physique et morale, aux
clartés d'intelligence, aux ouvertures constructives de Colette Audry". Une
telle fascination naît d'une identification implicite. L'auteur se reconnaît dans
Nathalie Sarraute, comme dans un miroir rassurant, avec une profonde nuance de
respect pour cette personnalité et pour son écriture. Pourtant, leur parentée
n'est pas immédiatement visible dans leurs oeuvres, si différentes. L'oeuvre de
Sarraute, jusqu'à Enfance, n'est pas autobiographique. Fondatrice du nouveau roman,
en tant qu'écrivain et en tant que théoricienne, sa véritable recherche se fait
dans l'aventure de la langue, transgressant et repoussant les limites des genres
littéraires. Avec Sarraute le sujet entre en littérature, mais pas seulement le
sujet personnel, le "je", mais un sujet au contraire si impersonnel qu'il bouleverse
tout le rapport de l'énonciation au réel.
Suite de l'extrait de
la thèse de Mireille Brioude sur Sarraute et Leduc
(113 Ko) 
Jacques
Guérin et Violette Leduc : l'histoire d'un amour
impossible, celui de l'écrivaine en quête de reconnaissance, en quête d'identité,
en quête d'amour. Celui d'un riche industriel amateur de belles lettres qui compris
très vite l'importance de l'oeuvre de son amie Violette, qui publia à son propre
compte la partie censurée de Ravages : Thérèse et Isabelle. Un mécène
généreux qui l'aida financièrement et affectivement une bonne partie de sa vie,
au même titre que Simone de Beauvoir. La dédicace de l'Affamée est
à Jacques : Violette écrira qu'elle a longtemps hésité entre lui et Simone de
Beauvoir pour cette dédicace, puisque chaque mot de ce livre était écrit pour
" elle ". Les sautes d'humeurs de Violette Leduc, peut-être aussi sa dépression
dans les années 1950 éloignèrent peu à peu Jacques d'elle. La fin de La
Folie en tête est l'émouvant témoignage du suicide d'une amitié... Notice
nécrologique du FIGARO :
Jacques Guérin
C'est un grand humaniste et un mécène qui vient de disparaître. Jacques Guérin
n'était ni un bibliophile ni un collectionneur mais un grand lecteur, un amoureux
des livres et de la peinture. Rien ne prédisposait pourtant ce fils de
grands bourgeois parisiens à devenir le défenseur des arts et des lettres. Etudiant
en chimie à Toulouse, il fréquente les libraires anciens qui l'initient à la littérature
de son temps. Son premier achat, sera L'Hérésiaque et Cie, avec envoi d'Apollinaire
à son ami Derain qu'il paye 13 francs, le prix de trois repas. Rapidement le plaisir
de la lecture se transforme en passion. Pour 300 francs une fortune pour un étudiant
, il achète le premier Chant de Maldoror, plaquette éditée par Ducasse en 1868.
Il s'intéresse à Rimbaud, Verlaine et Corbières, à l'époque guère appréciés des
lecteurs. De retour à Paris, Jacques Guérin se lance, timidement d'abord,
dans l'industrie de la parfumerie. La compagnie française des parfums d'Orsay
est un succès ; il est vrai que son patron met autant de coeur à créer de subtiles
fragrances qu'à découvrir les poètes maudits et les artistes dans la dèche. Mieux,
il révolutionne l'univers de la parfumerie en confiant à Lalique le soin de créer
de merveilleux flacons tandis qu'il demande à Marie Laurencin d'en décorer le
papier d'emballage. D'ailleurs très proche des artistes grâce à son frère Jean,
peintre lui-même, il fréquente Cocteau, se passionne pour Soutine et déjeune avec
Picasso dont il mettra des années avant de prendre conscience de son talent :
la vue d'un simple dessin représentant Apollinaire blessé assis sur une chaise
en sera la révélation. Une opération de l'appendicite le met en contact avec le
docteur Robert Proust, frère de Marcel. Le chirurgien trône dans une pièce sombre
meublée d'un bureau noir et d'une bibliothèque noire ornés de filets de cuivre.
C'étaient les meubles de Marcel Proust... remplis des papiers de l'écrivain. Du
moins ce qui avait échappé au tri de la rigide belle-soeur qui veillait jalousement
sur la réputation de la famille. Quelques années plus tard, en 1935, Jacques Guérin
entre par hasard chez un libraire du faubourg Saint-Honoré qui vient d'acquérir
des manuscrits de Proust vendus par la veuve du docteur Proust. Apprenant qu'elle
se sépare aussi du mobilier de l'écrivain, Jacques Guérin remonte la filière et
parvient à acheter, outre des monceaux de papiers, le bureau, la bibliothèque
et surtout le lit de cuivre de Marcel. Le fameux lit dans lequel il écrivit toute
son oeuvre pendant des nuits d'insomnie, le lit qui fut le sien depuis l'âge de
seize ans et dans lequel il mourut ! De ce tas de papiers, Jacques Guérin
extrait des brouillons de lettres non envoyées, quelques missives de Cocteau,
de Gide, de Montesquiou, de Mme de Noailles... Et surtout l'édition originale
de Du côté de chez Swann (Grasset, 1913), avec cette dédicace : " A mon petit
frère, souvenir du temps perdu, retrouvé pour un instant chaque fois que nous
sommes ensemble. " Dès lors, Jacques Guérin se sent investi d'une mission : sauver
les reliques de Proust. Il retrouve chez Werner, un brocanteur de Puteaux, la
garniture de toilette et même la pelisse de Marcel, dont Werner s'enroulait les
pieds pour pêcher sur les bords de Marne. Puis, en 1973, il décide d'offrir gratuitement
tous ces souvenirs au musée Carnavalet avec la seule obligation de reconstituer
la chambre de Proust à partir de cet ensemble unique. Jacques Guérin a
beaucoup donné, notamment les manuscrits des romans de Radiguet à la Bibliothèque
nationale de France , vendus par Maurice Sachs à qui Cocteau les avait confiés
pour s'acheter de l'opium. Il sera aussi l'ami de Jean Genet qu'il dépanne en
lui achetant le manuscrit du Querelle de Brest. C'est lui
qui le présentera à Violette Leduc. Séduit, il édite à ses frais son premier livre.
Amateur éclairé, Jacques Guérin avait l'art de dénicher même au prix d'incroyables
investigations des perles rares. Les huit ventes aux enchères qu'il avait voulues
pour disperser sa bibliothèque avaient révélé des merveilles comme les brouillons
d'Une saison en enfer, de la main de Rimbaud ou la première édition complète des
Oeuvres de Molière. Etrange Jacques Guérin qui disait : " Les gens respectent
toujours ce qu'ils achètent très cher. " Anne MURATORI-PHILIP Vendredi
18 août 2000, p. 16 Maurice
Sachs. L'histoire d'un malentendu.
| |
| Maurice
Sachs par Henri Raczymow
| |
| | Sur
la personnalité sulfureuse de cet homme de lettres mort dans de tristes circonstances,
il faut lire la biographie de Henri Raczymow, editions Gallimard, NRF 1988. Un
très beau chapitre est consacré aux relations entre Maurice Sachs et Violette
Leduc. Raczymov écrit : " Pour parler de Sachs (...) nous l'avons fait
à travers le regard privilégié de Violette Leduc. C'était inévitable, mais c'était
aussi une chance. Nul n'a su mieux qu'elle parler de Maurice Sachs. Nul ne l'a
aimé comme elle. A la façon d'un être masochiste, certes, mais qu'importe ? Il
nous reste un regard, un regard d'écrivain, le regard d'une femme qui devient
écrivain dans le temps même où elle vit avec Sachs, et qui le devient à travers
l'amour malheureux qu'elle lui voue. Rien d'étonnant alors à ce qu'elle en parle
d'une admirable façon. " Henri Raczymow : Maurice
Sachs ou les travaux forcés de la frivolité Ed. Gallimard, 1988
Dans La Bâtarde, souvenons-nous de cet épisode étrange :
Je reçois une enveloppe avec le cachet de la poste de Rouen. Qui pouvait m'écrire
avec cette écriture d'enfant ? Je décachetai, je trouvai une seconde enveloppe
sans adresse. Maurice... Il m'écrivait ceci sur une petite feuille de papier
: " Mon amour, Tu me dis que tu es enceinte et que cela ne va pas tout
droit pour toi. Veux-tu que je vienne te voir, te sentirais-tu mieux si j'étais
près de toi ? Réponds-moi. Je t'embrasse ma chérie Maurice ".
Triste stratagème pour que Violette, alors réfugiée dans le village normand
d'Anceins ( !) lui envoie un certificat médical. Nous sommes en pleine occupation.
Sachs s'est compromis. Il a besoin de rentrer. Violette ne lui rendra pas
ce " service " et le remords la poursuivra, longtemps après la mort de Sachs.
Oeuvres de Maurice Sachs : Citons d'abord l'ouvrage dans lequel est fait un portrait
de Violette Leduc sous le nom "de " Lodève " : il révèle davantage
la misogynie de " l'ami " qu'il n'apporte de témoignage sur ce qu'était vraiment
le visage de Violette Leduc... : " Pauvre Lodève ! Elle porte cette croix, la
pire, d'être incroyablement laide et de la savoir. Ah ! ce nez grotesque qui au-dessus
d'un menton ravalé lui fait une figure de gargouille, ce front bas, ces pommettes
larges et saillantes, cette peau épaisse, cette bouche indiscrètement sensuelle,
ces gros yeux à fleur de peau-quelle fée vicieuse les a assemblés en un seul visage
comme pour une caricature des caricatures ? " Tableau des moeurs de ce Temps,
Gallimard, 1954. Son oeuvre la plus célèbre est de loin Le Sabbat,
souvenirs d'une jeunesse orageuse, Corrêa, 1946 ; Gallimard, 1960. Traduit en
de nombreuses langues. Citons encore : La Décade de l'illusion,
Gallimard, 1950. Le Voile de Véronique, roman de la tentation, publié de manière
posthume par Denoël, 1950. Une bibliographie détaillée mentionnant des inédits
se trouve bien sûr dans l'ouvrage d'Henri Raczymov. Jean
Cocteau et Violette Leduc :
©
Lipnitzki / Roger-Viollet | | |
Jean
Cocteau, écrivain français, à Milly-la-Forêt, en 1951. LIP-5118-057
| |
| |
http://www.jeancocteau.net/00accueil/menu.htm
Leduc admire Cocteau, sans éprouver
pour lui la passion qu'elle éprouve pour Genet ou Jacques Guérin qui fut son mécène
littéraire. Elle croise Cocteau dans sa jeunesse aux éditions Plon, elle est dans
la période de sa maturité invitée chez lui à Milly et connaît l'honneur mêlé d'un
soupçon d'excitation de dormir dans la chambre de Jean Marais en l'absence de
celui-ci. Dans La Chasse à l'amour elle raconte ses promenades avec
Jean et toute sa " bande ", et on la voit improviser dans les jardins de la villa
de courtes saynètes... Cocteau, ce grand dénicheur de talents, conservera
pour Violette une estime intellectuelle solide.
Françoise d'Eaubonne et Violette Leduc :
©
Albin-Guillot / Roger-Viollet
|
|
|
|
|
Françoise d'Eaubonne, écrivaine et militante féministe, amie de Violette Leduc, est morte le 3 août 2005 à l'âge de 85 ans.
Née le 12 mars 1920 à Toulouse, elle est le troisième enfant d'un anarchiste chrétien, le comte Etienne d'Eaubonne, originaire de Bretagne, et d'une fille de chef carliste, Rosita Martinez Franco. Françoise d'Eaubonne décrit, avec une crudité peu habituelle pour l'époque, sa vie d'adolescente sous l'occupation, dans Chienne de jeunesse (Julliard, 1966).
Après un court passage dans les rangs du Parti Communiste, à la Libération, elle milite ardemment contre la guerre d'Algérie et figure, à ce titre, parmi les signataires du Manifeste des 121, paru en septembre 1960, qui proclamait le droit à l'insoumission des conscrits.
La lecture du livre de Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, publié en 1949, la bouleverse et la révèle au combat féministe. C'est Françoise d'Eaubonne qui, séduite par l'écriture de Leduc, présente celle-ci à Simone de Beauvoir en 1945.
Cofondatrice du Mouvement de Libération des Femmes (M.L.F), dans le courant des années 1960, elle lance, en 1972, avec l'écrivain et journaliste Guy Hocquenghem, le Front homosexuel d'action révolutionnaire (F.H.A.R).
Dans les années 1970 elle publie ses essais les plus remarqués parmi lesquels Les Femmes avant le Patriarcat (Payot, 1976) et Le Féminisme ou la mort (Pierre Horay, 1974).
Mère de deux enfants, Françoise d'Eaubonne annonce, en 1976, dans les colonnes du quotidien Libération, son mariage avec le détenu Pierre Sanna, condamné à vingt ans de prison pour un meurtre qu'il n'a pas commis.
Amie de Michel Foucault, elle milite pour l'abolition de la peine de mort. En 1978 elle crée le mouvement Ecologie-Féminisme qui aura peu d'échos en France. Il aura plus de succès en Australie et aux Etats-Unis, où une chaire a été crée sur cette question. Faite Chevalière des Arts et Lettres, elle finit ses jours dans une maison de retraite pour artistes, près de Montparnasse.
(renseignements biographiques tirés de la notice nécrologique de Catherine Simon, Le Monde, 6 août 2005)
Parmi ses ouvrages :
La liseuse et la lyre (Belles Lettres, 1997 );
Féminin et philosophie (L'Harmattan 1997) ;
Les scandaleuses (P. Lebaud, 1990) ;
Les grandes aventurières (P. Lebaud 1990) ;
Une femme nommée Castor (Encre, 1986).
Seppuku ou le roman à clefs (La Cerisaie 2003)
Une Rose pour Violette…
Dans sa communication publiée dans les actes du colloque
Violette Leduc par Paul Renard et Michèle Hecquet, (1998),
Françoise d'Eaubonne raconte sa rencontre avec Violette Leduc, en
1966, et les rapports intellectuels chaleureux qui les unirent ensuite.
Un regard de romancière est toujours précieux pour connaître autrement,
différemment, un auteur qui a la particularité de n'être pas seulement
un " objet d'étude " universitaire, mais une personnalité encore
vivante par la modernité de ses écrits, et proche de nous.
La beauté et l'audace de sa toilette, la grâce d'une silhouette
qui fit de grands couturiers lui prêter des robes, la justesse des
détails de la parure, tous ces dons se retrouvent dans la réussite
de son écriture.( …) On nous a tué Violette Leduc à force de ne
pas l'aimer. Le moment est venu de rendre les chaussures de cette
morte éclatantes comme des soleils, conclut Françoise d'Eaubonne,
faisant allusion à un merveilleux épisode de la nouvelle : La
Vieille fille et le mort.
La Plume et le baillon
Dans cet ouvrage publié en 2000, Françoise d'Eaubonne aborde trois
écrivains victimes de la censure : Violette Leduc, Nicolas Genka
et Jean Sénac. Pour l'auteure, Violette est victime de la double
"injure" : l'injure faite d'abord à la femme- du fait de sa prétendue
laideur- et à la lesbienne, étiquette dont on l'affuble volontiers
du moment qu'il s'agit de réduire ses œuvres à un érotisme dérangeant.
Elle rappelle quels furent les aléas de la réception de cette œuvre
forte et méconnue et lui oppose l'extraordinaire succès qu'elle
connaît aujourd'hui… surtout à l'étranger !
…Personne moins qu'elle eût pu dire : " Je gémis sans m'affliger.
" … Son rêve juvénile n'était que de devenir " statue sur son socle
" pour aboutir au constat à demi masochiste d'être " limace sur
son fumier " (incipit de La Bâtarde). Quant à sa geinte,
elle constituait le rythme de son travail, la trame la plus serrée
de son chant, ce " cante hondo " qui est son cantique de la frustration.
Et pourtant, si son lamento s'est transformé en nourriture spirituelle
d'un lectorat posthume, l'immense intérêt que rencontre aujourd'hui
cette œuvre en porte témoignage. Sans doute est-ce surtout à l'étranger
? " Nul n'est prophète en son pays ", dit-on. (Et le dicton s'avère
encore plus juste quand on le met au féminin !) " .pp.
25-26, éditions l'esprit frappeur, N°70.
II-
Amitiés littéraires d'aujourd'hui
Michèle Causse, la « narrée navrée »
Michèle Causse a vingt-deux ans lorsqu'elle fait la connaissance de Violette Leduc en 1958. La jeune lectrice enthousiaste avait, dès la parution de l'Asphyxie , puis de l'Affamée, mesuré l'importance de l'écrivaine. A l'occasion de la parution de Ravages , dont elle sait que l'ouvrage a été censuré et amputé de la partie Thérèse et Isabelle , elle se décide à écrire à Violette Leduc. Suivent cinq ans de relations intellectuelles et amicales houleuses, faites d'estime réciproque mais aussi d'exaspération. Violette, on le sait, n'a pas un caractère facile : c'est un euphémisme ! Michèle Causse fait le récit et l'analyse de cette relation dans son texte « la narrée navrée » écrit à l'occasion de la journée d'étude consacrée au centenaire de la naissance de Violette Leduc .
L'autre aspect de cette relation est que celle-ci est inscrite et « littérarisée » dans La Chasse à l'amour . Lorsqu'en 1973 Michèle Causse revient à Paris, après un séjour de dix ans à Rome, qu'elle découvre ce que Violette a dit de sa rencontre avec la jeune lectrice, il est trop tard pour lui demander des comptes : Violette Leduc est morte l'année précédente. Du coup l'écrit devient trahison, comme c'est le cas pour la plupart de ce que l'on appelle « les mémoires ». La mémoire de Michèle Causse, elle, ne se retrouve pas dans la narration de Violette Leduc. Mais toute œuvre est fiction de soi, en même temps que fiction des autres : Michèle Causse le sait et son article « la narrée navrée » est aussi une façon de rendre hommage à l'écrivaine qui l'a trahie.
Aujourd'hui Michèle Causse vit entre le Lot et Toulouse où elle s'est établie il y a quinze ans après une vie « nomade » en Italie, en Tunisie, en Martinique ,au Canada et aux Etats-Unis. Ces pays l'ont accueillie, avec des idées et un mode de vie qui, en France, se seraient heurtés à une censure insidieuse. Elle laisse derrière elle une carrière de traductrice littéraire et poursuit son œuvre d'écrivaine au milieu de jeunes artistes, philosophes et écrivaines.
Bibliographie complète de Michèle Causse : (47 Ko) 
Sa contribution à la journée d'étude sur Violette Leduc : www.revue-violette-leduc.net
Jovette Marchessault et Violette Leduc :
©
(Photo : Robert Barzel) | | |
Jovette
MARCHESSAULT
| | | |
http://felix.cyberscol.qc.ca/LQ/auteurM/march_jm/marchess.html
L'originalité
de Jovette Marchessault dans cette mise en scène ne
réside pas seulement dans la simultanéité des lieux représentés, mais dans le
fait que chaque personnage appartienne à un lieu qui lui est propre. L'auteur
souligne cependant la dichotomie homme/femme à travers l'opposition lieu aéré/lieu
étriqué. Cette dichotomie est issue de la réflexion féministe sur l'inégalité
spatiale entre l'homme et la femme, le lieu de l'homme étant l'extérieur, le lieu
de la femme étant l'intérieur. Le projet dramatique insiste en outre sur la différence
des lieux masculins et féminins. Cette insistance est peut-être un peu artificielle,
dans le contexte de l'oeuvre de Violette Leduc, mais elle fait partie de l'orientation
subjective de la lecture de l'oeuvre. 
Suite de La Terre est trop courte
de Violette Leduc
(112 Ko) 
Nina
Bouraoui et Violette Leduc : Née
en 1967, Nina Bouraoui n'en est pas à son coup d'essai. Son premier roman, La
Voyeuse interdite, a obtenu le prix du Livre Inter en 1991. Déjà, elle
y parlait de l'Algérie, sa terre d'enfance. Ce pays de violence et de contrastes,
où il faut être forte surtout quand on est femme. De roman en roman, elle a pris
de l'assurance et vaincu la peur qui l'empêchait de prendre le "je" à bras le
corps pour parler d'elle, de son enfance, de sa terre. Poursuivant la veine initiée
avec son précédent roman, Le Jour du séisme, Nina Bouraoui se dévoile
pour la première fois dans Garçon manqué, livrant un texte autobiographique
âpre, violent et envoûtant. Violette Leduc est une écrivain-sorcier qui
entre dans la vie par signes. Je la sais, début 90. J'achète tous ses livres,
sur les quais, place Clichy, des éditions originales. Je deviens sa collectionneuse.
Elle devient mon fantôme (...) Il y a chez Violette Leduc une mise en abyme de
soi : faire de sa vie un roman, faire de ses accidents une force créatrice (...)
Ici, il n'y a pas d'homosexualité. Il s'agit de liens, d'histoires, de sexualité,
c'est tout. Parce que la littérature efface l'identité sexuelle. Le
Magazine littéraire. Numéro consacré à " littérature et homosexualité
". Décembre 2003.
René
de Ceccatty et Violette Leduc :
http://perso.wanadoo.fr/mediath.romo/html/ceccatty.html
Il y a la littérature, l'écriture, le rêve et
l'art. J'ai écrit La sentinelle du rêve dans une période où je renonçais presque
à la vie. Je travaillais chez Gallimard mais je n'étais pas fait pour une existence
régulière, salariée, ce que je n'ai plus au Seuil où je me sens plus libre. J'ai
compris que ce qui constituait vraiment ma vie était la littérature et le rêve.
La littérature à travers Violette Leduc et
Pasolini qui sont les modèles des personnages du livre et également Foucault dont
j'évoque la mort et qui a joué un grand rôle dans ma formation. Je m'intéressais
au rêve et à la littérature comme si je ne pouvais plus, avec ma vie affective
et corporelle, m'installer vraiment dans le monde. La revanche de l'écrivain est
de contrôler ce qui dans sa vie ne l'est pas du tout. Je donne beaucoup d'importance
au rêve parce que c'est un moment où les choses se réorganisent de manière parfois
très forte et très structurée selon un autre cheminement que dans la littérature.
Le rêve est un guide. Linconscient se structure selon des systèmes métaphoriques
qui lui sont propres.
Sa contribution à la journée d'étude sur Violette Leduc : www.revue-violette-leduc.net
|